« Cent-mille visiteurs pour le Taurillon | Page d'accueil | Bienvenue à la Roumanie et la Bulgarie »
10 décembre 2006
Le Mouvement européen-France choisit une présidente issue de la société civile
Samedi 9 décembre, à Paris, le Conseil national du Mouvement européen-France, qui rassemble 430 délégués représentant les sections locales, les associations membres et des « personnalités qualifiées », a élu Sylvie Goulard à la présidence du Mouvement, qui se présentait contre le président sortant, l’eurodéputé Pierre Moscovici.
Les résultats sont les suivants :
Votants : 372
Blancs : 2 et nuls : 3
Exprimés : 367
Sylvie Goulard : 190 (51,8 %)
Pierre Moscovici : 177 (48,2 %)
Le Mouvement européen-France a connu pour la première fois de mémoire de militant (18 ans en ce qui me concerne) une compétition pour sa présidence.
Une mini-révolution
Cet événement est la conséquence d'une longue évolution d'une organisation qui était à l'origine une fédération d'association, puis de sections locales... un peu ce que l'on appellerait aujourd'hui un "collectif". Allié au soucis de faire participer des élus politiques des deux bords dans une démarche transpartisane, et à des statuts compliqués pour que tout ce monde là se sente correctement représenté, la désignation des responsables de l'association a été longtemps le fruit de cooptations en petits comités .
Ainsi c'est un "panel" de personnalités importantes dans l'association qui avait autrefois proposé le nom de Jean-Louis Bourlanges pour succéder à Jean François-Poncet. Celui-ci a ensuite proposé Anne-Marie Idrac pour lui succéder. Enfin, la présidence a échue à une personnalité de gauche, M. Moscovici. Dans la plupart des cas les représentants des adhérents ont découvert ces choix une fois que les décisions étaient prises.
Mais entre temps le Mouvement européen a évolué : il a accueilli des adhérents directs, il s'est doté d'une branche jeune autonome où tous les responsables ont élus, il a dû mener deux campagnes référendaires où les militants sont allés au contact de nos concitoyens dans des débats difficiles. Enfin et surtout il évolue dans une société où la politique est désacralisée, et où les associations sont désormais gouvernées de plus en plus par des personnes issues du choix des adhérents. Même certains partis politiques confient aujourd'hui à la "base" des choix essentiels comme la désignation de leurs candidats.
Pierre Moscovici a bien perçu le besoin de faire évoluer l'organisation - malgré certains conservatismes en interne. Des représentants des sections sont ainsi entrés dans le bureau national ce qui est un progrès significatif (même si la désignation de ceux-ci se fait par cooptation entre présidents de section et non pas suite à une élection). Enfin et surtout le Conseil national (on dit Congrès dans d'autres cercles ou bien Assemblée générale) pourra désormais élire le président du Mouvement parmi les candidats agréés par le Comité directeur (le Conseil d'administration). Agréés, car il faut être sur qu'il s'agisse de gens sérieux (ce que les membres du Conseil national ne sont probablement pas assez compétents pour déterminer par eux-mêmes).
Malgré la prudence des procédures il s'agit d'une petite révolution, l'hypothèse d'une pluralité de candidature ayant été explicitement évoquée. La porte une fois ouverte, une candidature alternative a bel et bien émergé – et en fin de compte réussi à convaincre.
En effet, la candidature de Pierre Moscovici au renouvellement de son mandat représentait la continuité d’un Mouvement européen dirigé par un élu politique, en partenariat avec des vice-présidents issus d’autres formations. Le socialiste se présentait ainsi en tandem avec le député UMP Pierre Lequiller.
Cette continuité a été mise en cause par le résultat du référendum du 29 mai 2005. "L'Europe est sous le choc, le Mouvement européen aussi" soulignait la profession de foi de Sylvie Goulard.
De nombreux membres de l’association ont été ainsi choqués par l’incapacité des politiques partisans du Oui au traité constitutionnel à défendre ce dernier de manière efficace, à expliquer l’Europe, à proposer une vision. Pourtant les militants de l’Europe avaient perçus depuis des années le mécontentement et l’incompréhension croissante envers le chemin pris par la construction européenne. Ils revendiquaient des débats sérieux, des campagnes d’informations, un engagement véritable des grands partis sur les questions européennes.
Les membres de l’association étaient également surpris de voir que leur président ne s’exprimait pas au nom du Mouvement européen dans les médias. On a vu et entendu l’eurodéputé Pierre Moscovici et le secrétaire national du Parti socialiste Pierre Moscovici mais de président du Mouvement européen France – jamais…
Enfin le manque de combativité de l’organisation a déçu. La nécessité d’un consensus droite-gauche au sein du bureau national, le besoin de ne pas se mettre en porte-à-faux avec les différents partis politiques, semblaient paralyser la parole de la direction de l’association. Les positions de l’association restaient moins ambitieuses sur l’Europe que celles de certaines personnalités politiques, et beaucoup moins que celles des adhérents, en outre ces positions semblaient n’être pas défendues.
Enfin, l’orientation proposée par l’équipe de Pierre Moscovici était d’une part une activité de think-tank, comme il en existe tant d’autres – et fondée sur des experts et donc en dehors des adhérents et d’autre part sur une accentuation de la mission d’information et de pédagogie sur l’Europe. Or en matière européenne il ne suffit plus d’informer pour convaincre : il faut aussi argumenter.
Une campagne rafraîchissante
Sylvie Goulard a menée une véritable campagne pour cet élection : déplacements dans certaines sections, rencontres, conversations téléphoniques, diffusion d’argumentaire et ouverture d’un site web (http://www.sylvie-goulard.eu). Elle a répondu point par point aux objections soulevées par ses détracteurs. Elle a démontré sa disponibilité.
La parole s’est ouverte : là où les échanges de mails étaient des points d’information formels, les présidents de sections et autres responsables de l’association ont échangés des arguments sur les qualités des candidats, sur leur vision de l’association. Si la campagne a connu quelques dérapages de la part des partisans de l’un ou l’autre des candidats, elle a surtout fait souffler un vent rafraîchissant sur une organisation « volontiers ronronnante » selon les termes du journaliste des Echos.
Le succès de la candidature de Sylvie Goulard est donc dû à la combinaison des déceptions accumulées des membres de l’association envers leurs dirigeants, d’un souhait de réorientation du Mouvement vers la société civile, et d’une campagne active et réussie. La marge réduite de la victoire de la candidate incite cependant à la prudence. Même si on peut l’attribuer à la composition du Conseil national (ou les représentants des adhérents ne sont qu’une partie des délégués), c’est en fin de compte timidement que le Mouvement européen France a osé faire cette mini révolution : battre un ancien ministre des Affaires européennes au profit d’une enseignante de Sciences-Po, même si celle –ci a su montrer qu’elle dispose d’un excellent réseau européen en raison des fonctions qu’elle a occupé comme conseillère de Romano Prodi, alors du président de la Commission.
Toujours est-il que le « traumatisme » du 29 mai semble désormais sur le point d’être surmonté au sein des militants de l’Europe : après une telle remise en question de l’organisation, les espoirs de voir celle-ci retrouver son dynamisme sont grands. La tâche de Sylvie Goulard ne sera pas facile mais elle bénéficiera d’un désir d’Europe et d’engagement retrouvé de militants trop longtemps déçus.
09:30 Publié dans Mouvement Européen | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : europe
Commentaires
Je partage à 100 % votre analyse. J'ai fait avec d'autres cette campagne qui a mené Sylvie Goulard à la présidence. Je suis certain que son dynamisme, son ouverture d'esprit ses réseaux européens nous mènerons loin. Le Mouvement Européen France va passer d'un agréable club de réflexion parisien à une vraie force de proposition et de construction européenne, ouvert sur la société.
Ecrit par : Yves CLEMENT | 10 décembre 2006
Tout a fait d'accord, particulierement avec la phrase:"il ne suffit plus d'informer [sur l'europe], il faut argumenter."
Quant aux critiques fomulees a l'encontre de Monsieur Moscovici, elles semblent etre largement partagees, meme si je suis adherent depuis trop peu de temps pour pouvoir juger.
Il faut esperer que le retentissement que l'election de Madame Goulard a provoque dans les medias durera tout le long de sa presidence.
Ecrit par : antoine Quentin | 11 décembre 2006
je suis en net desaccord avec l'analyse sur convaincre
car avant de convaincre il faut informer
et c'est parce que les citoyens etaient trop peu informés que 'lon a pu leur dire des sottises sur la Consetitution européenne
si le citoyen ne connait pas le BA ba et il ne le connait pas
on ne risque pas de convaincre
Ecrit par : sasha | 13 décembre 2006


